Mises en situation de l’examen civique · Boussole Civique
Les 12 mises en situation ne sont publiées nulle part. Sept scènes types déroulées de bout en bout, et la méthode qui les tranche : quel rôle, quel lieu.
12 des 40 questions sont des mises en situation. Elles ne figurent dans aucune liste publiée, elles tombent dans deux thèmes seulement, et ce sont elles qui séparent 31 de 32 sur 40.
Une mise en situation ne demande pas ce que dit la loi. Elle décrit une scène et vous demande ce qui doit se passer : une usagère au guichet d’une mairie, un parent qui accompagne une sortie scolaire, une patiente à l’hôpital. Il y a 4 réponses, une seule est correcte, et les trois autres sont écrites pour paraître raisonnables.
Aucune de ces scènes n’est publiée, ni avant ni après l’épreuve. C’est la seule partie de l’examen qu’on ne peut pas préparer en lisant une liste, et celle que les candidats citent le plus quand ils racontent ce qui les a surpris. Cette page dit où elles tombent, avec quelle méthode les trancher, et déroule sept scènes types.
Où elles tombent, exactement
L’annexe de l’arrêté du 10 octobre 2025 répartit les 40 questions entre les cinq thèmes du programme : 11 pour « Principes et valeurs de la République », 6 pour « Système institutionnel et politique », 11 pour « Droits et devoirs », 8 pour « Histoire, géographie et culture », 4 pour « Vivre dans la société française ».
Le détail qui change une préparation se trouve dans la même annexe : sur les 11 questions de « Principes et valeurs », 6 sont des mises en situation, et il en va de même pour les 11 questions de « Droits et devoirs ». Les trois autres thèmes n’en comportent aucune. Les 12 scènes sont donc concentrées sur deux thèmes, connus d’avance.
C’est une bonne nouvelle mal exploitée : le travail de raisonnement, le seul qui ne puisse pas se faire par la lecture d’énoncés, porte sur un périmètre restreint et connu. La laïcité, l’égalité et les libertés d’un côté ; les droits, les devoirs et la vie quotidienne face à la loi de l’autre.
La méthode : deux questions, toujours dans le même ordre
Avant de chercher la règle, identifiez le rôle de la personne dans la scène. Est-elle agent public, usager d’un service public, élève d’un établissement public, parent accompagnateur, salarié d’une entreprise privée ? La même situation reçoit des réponses opposées selon le rôle, et c’est là que se perdent la plupart des points.
Cherchez ensuite le lieu, et prenez le temps de le nommer précisément : un service public, une école publique, l’espace public, une entreprise privée. Confondre l’espace public, qui reste ouvert à l’expression des convictions, et le service public, qui est tenu à la neutralité, est l’erreur la plus répandue de tout l’examen.
Une phrase de la Charte de la laïcité dans les services publics tranche à elle seule une bonne partie des scènes : les usagers « ne peuvent récuser un agent public ou d’autres usagers, ni exiger une adaptation du fonctionnement du service public ou d’un équipement public en se fondant sur des considérations religieuses ». La même charte leur reconnaît le droit d’exprimer leurs convictions, dans les limites de la neutralité du service, de son bon fonctionnement et de l’ordre public.
Un dernier réflexe, mécanique celui-là : une mauvaise réponse et une absence de réponse valent 0 point l’une comme l’autre. Sur une scène qui vous échappe, éliminez ce que vous pouvez, puis cochez. Une chance sur 4 vaut mieux que rien.
Scène 1 : le foulard au guichet de la mairie
Une habitante se présente à l’accueil d’une mairie pour demander un acte de naissance. Elle porte un foulard. L’agent lui demande de le retirer avant de traiter sa demande. Que prévoient les règles du service public ?
Appliquez la méthode. Rôle : l’habitante est usagère, l’agent est agent public. Lieu : un service public. L’obligation de neutralité pèse sur l’agent dans l’exercice de ses fonctions, jamais sur la personne qui se présente au guichet. L’usagère conserve sa liberté de conviction et doit être servie normalement.
La bonne réponse est donc que l’agent traite la demande sans rien exiger. Réclamer le retrait du foulard, renvoyer l’usagère vers un autre guichet ou attendre un accord de la hiérarchie reviendrait à un refus de service fondé sur la religion, c’est-à-dire à une discrimination. Le cas miroir tombe aussi souvent : la même agente, elle, ne porte pas de signe religieux pendant son service. Une règle unique, deux réponses opposées, parce que les rôles diffèrent.
Scène 2 : le parent qui accompagne une sortie scolaire
Une école organise une sortie. Une mère se propose comme accompagnatrice bénévole et porte un foulard. L’équipe se demande si elle doit lui demander de le retirer pour la journée.
Le piège est que la scène ressemble à l’école, donc à la neutralité. Mais le rôle ne suit pas le lieu : un parent accompagnateur n’est ni recruté, ni rémunéré, ni chargé d’une mission de service public. Il n’est donc pas agent public, pas soumis à la neutralité, et n’a rien à retirer.
Ce qui lui est demandé est différent et se résume en deux points : s’abstenir de tout prosélytisme, et respecter les consignes de l’enseignant responsable du groupe. Les personnels de l’école, eux, sont agents publics et ne portent aucun signe religieux en service. Ce cas est un classique parce qu’il oppose une intuition à une règle, et l’intuition se trompe.
Scène 3 : la tenue d’une élève au collège
Une élève arrive au collège public avec une tenue dont le chef d’établissement estime qu’elle manifeste une appartenance religieuse. Que dit la règle, et que se passe-t-il ensuite ?
L’article L141-5-1 du code de l’éducation, issu de la loi du 15 mars 2004, interdit dans les écoles, collèges et lycées publics le port de signes ou de tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse. Deux mots portent le sens. « Tenues » : un vêtement entre dans le champ du texte, pas seulement un objet. « Ostensiblement » : ce qui compte est le caractère immédiatement remarquable, et non le nom du vêtement ni la sincérité de la croyance. Un signe discret, comme une petite médaille sous un vêtement, reste autorisé.
La suite de la procédure est aussi souvent testée que la règle elle-même. Le même article prévoit que la mise en œuvre d’une procédure disciplinaire est précédée d’un dialogue avec l’élève. Une exclusion immédiate n’est donc jamais la bonne réponse. Le périmètre compte enfin : l’interdiction vise les élèves des écoles, collèges et lycées publics. Elle ne s’applique ni aux étudiants à l’université, majeurs et libres de leur expression sous réserve du bon déroulement des enseignements, ni à l’espace public.
Scène 4 : prier dans l’espace public
Des personnes se réunissent pour prier dans un parc, ou une association demande à organiser une procession dans la rue. Un candidat sur deux répond que la laïcité l’interdit. C’est faux, et la raison de l’erreur est toujours la même.
La loi du 9 décembre 1905 garantit la liberté de conscience et le libre exercice des cultes. Elle n’enferme pas la religion dans la sphère privée : cérémonies, lieux de culte, processions déclarées, vêtements et signes religieux restent autorisés dans l’espace public. L’espace public est ouvert ; c’est le service public qui est tenu à la neutralité. Répondre « interdit, c’est la laïcité » applique à l’un la règle de l’autre.
Ce qui est encadré n’est pas la prière mais l’usage de la voie publique et l’ordre public : une manifestation sur la voie publique se déclare, une occupation qui empêche la circulation ou trouble l’ordre public peut être interdite par l’autorité de police. La bonne réponse distingue donc toujours deux choses : la liberté de culte, qui est protégée, et les règles d’usage du lieu, qui s’appliquent à tout le monde, croyants et non-croyants.
Scène 5 : l’aumônier en prison
Une personne détenue demande à rencontrer un aumônier. La scène semble contredire frontalement la loi de 1905, qui pose que la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. Beaucoup de candidats répondent que la demande doit être refusée au nom de la laïcité.
C’est l’inverse. Des aumôneries existent dans les prisons, les hôpitaux et les armées, et elles constituent une exception assumée à la règle de non-financement. La raison est logique : la loi de 1905 garantit aussi le libre exercice des cultes, et une personne qui ne peut pas sortir ne peut pas exercer cette liberté par elle-même. L’aumônerie est ce qui rend le droit effectif là où l’enfermement le rendrait théorique.
Retenez la formule qui résout ce type de scène : l’État est neutre, pas hostile. Il ne promeut aucune religion, n’en interdit aucune, et doit rendre praticable la liberté qu’il garantit. Même logique pour la commune qui refait la toiture de son église : elle entretient un bâtiment dont elle est propriétaire depuis 1905, ce qu’elle ne pourrait pas faire pour l’activité religieuse elle-même.
Scène 6 : refuser d’être soignée par un médecin homme
À l’hôpital public, une patiente demande à ne pas être examinée par un médecin homme et exige qu’une femme le remplace. Le service doit-il réorganiser la prise en charge ?
Deux choses se mélangent ici, et les distinguer donne la réponse. La première est le consentement aux soins : aucun soin ne peut être imposé, une personne reçoit une information claire puis donne un consentement libre et éclairé, et elle peut refuser un traitement ou demander un second avis. Ce droit est entier et ne se discute pas.
La seconde est le choix de l’agent, qui est un autre sujet. La Charte de la laïcité dans les services publics est explicite : les usagers ne peuvent récuser un agent public ni exiger une adaptation du fonctionnement du service en se fondant sur des considérations religieuses. Une patiente peut donc refuser un acte, pas imposer le sexe du praticien qui le pratique. Symétriquement, un professionnel de santé ne peut jamais refuser de soigner quelqu’un en raison de son origine, de sa religion, de son handicap ou de son orientation sexuelle, et en urgence les soins nécessaires sont dispensés à toute personne.
Scène 7 : la mairie, le mariage et l’officier d’état civil
Un couple se présente à la mairie pour se marier. L’élu chargé de célébrer invoque ses convictions personnelles pour refuser. Que prévoit la loi ?
Le mariage civil est célébré par le maire ou par un adjoint, à la mairie, dans une salle ouverte au public. En célébrant, le maire n’agit pas comme responsable politique mais comme officier d’état civil, c’est-à-dire comme agent de l’État : il applique la loi et n’exerce aucun choix. Deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, peuvent se marier si elles remplissent les conditions du code civil. Un refus fondé sur les convictions de l’élu serait une discrimination.
Deux repères complètent souvent la scène. Seul le mariage civil produit des effets juridiques : une cérémonie religieuse ou traditionnelle peut suivre, mais elle ne crée aucun lien reconnu par la loi française à elle seule. Et l’ordre n’est pas libre, il est imposé : il est interdit de célébrer un mariage religieux avant le mariage civil.
Ce qui distingue la bonne réponse des trois autres
Sur une mise en situation, les 4 propositions sont rarement absurdes : chacune encode une confusion réelle. La trop stricte interdit ce qui est permis, et c’est la plus dangereuse sur les scènes de laïcité, parce qu’elle a l’air respectueuse du principe alors qu’elle décrit une discrimination. La trop permissive autorise ce que la loi encadre. La troisième invente une formalité.
De là un réflexe utile quand deux options se valent : celle qui ajoute une démarche inexistante est presque toujours fausse. Une autorisation préalable du maire, un accord écrit de la hiérarchie, une validation du tribunal, un délai d’attente. Le droit français dit souvent qu’il n’y a rien à demander, et les distracteurs jouent précisément sur l’intuition inverse.
Le second réflexe est de vérifier si la réponse choisie tient encore quand on change la religion de la personne dans la scène. Une règle républicaine ne dépend pas de la conviction concernée. Si votre réponse changerait selon qu’il s’agit d’un foulard, d’une kippa ou d’une croix, elle n’est pas la bonne.
Comment nous écrivons les nôtres
Nos mises en situation sont des créations originales, écrites au format de l’épreuve : une scène courte, 4 propositions, une seule correcte. Chacune vient avec une correction qui dit pourquoi la bonne réponse l’est et pourquoi les trois autres échouent, un « à retenir » d’une phrase, et un lien vers la leçon.
Nous ne prétendons pas reproduire les scènes du jour J : elles ne sont pas publiées, et personne ne le peut. Ce que nous reproduisons est le format et la répartition, dans les deux thèmes qui les portent. Le test blanc public la reprend, gratuitement, avec un compte gratuit.
Les réflexes qui coûtent le plus de points
- Répondre « la laïcité l’interdit » sans regarder si la scène se déroule dans un service public ou dans l’espace public.
- Appliquer à un usager la neutralité qui ne pèse que sur les agents.
- Traiter un parent accompagnateur comme un agent public.
- Choisir l’option qui ajoute une autorisation, un accord hiérarchique ou un délai.
- Confondre le droit de refuser un soin et le droit de choisir qui vous soigne.
La méthode, dans l’ordre, le jour J
- Nommez le rôle de chaque personne présente dans la scène.
- Nommez le lieu, et vérifiez s’il est soumis à la neutralité.
- Éliminez les propositions qui inventent une formalité.
- Testez la réponse restante en changeant la religion des personnes : elle doit tenir.
- Cochez, même sans certitude, et passez à la suivante.
À lire aussi
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Vérifié le 19 août 2026.
Sources
- Arrêté du 10 octobre 2025 (programme et épreuves de l’examen civique)
- Code de l’éducation, article L141-5-1 (loi du 15 mars 2004)
- Service-Public : les conditions du mariage civil
- Service-Public : l’examen civique pour un titre de séjour
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